Hââbré, la dernière génération

Texte et Photo par Joana Choumali
May 28, 2015 Perception — Issue 1

Abidjan, années 80. Je me souviens de Monsieur Ekra, le chauffeur qui me conduisait à l’école. Monsieur Ekra avait de grandes scarifications qui marquaient son visage des tempes au menton. Ces formes géométriques étaient pour moi, à la fois fascinantes et normales.  Les années passent, et cette pratique disparaît peu à peu.





Mme K. Djeneba, gérante de boutique, originaire du Burkina Faso. “Les gens trouvent ça beau, moi je trouve ça laid. Nous ne sommes pas comme les autres. Auparavant j’aimais mes cicatrices et je m’en vantais. Mais aujourd’hui, en ville, c’est passé de mode”.





Mme Kouya Benin, femme au foyer, tribu Ko du Burkina Faso. “Les gens se rendaient en groupes faire leurs scarifications, et j’y suis allée avec mes amis… Aujourd’hui, ces pratiques sont interdites par la loi au Burkina Faso.”





M. Mien Guemi, peintre, de Ouro Bono, Burkina Faso. “J’étais un enfant, mais je me souviens encore des blessures. Si vous n’en aviez pas, vos amis se moquaient de vous et vous ignoraient. En période de guerre, les tribus Mossis et Ko se reconnaissaient, et ainsi évitaient de s’entre-tuer. Pas besoin de carte d’identité, je porte déjà mon identité sur mon visage. Mais aujourd’hui c’est terminé. On ne peut plus être reconnus.”